En ce jour de 14 juillet, ami français qui a la chance de lire ces lignes en savourant ce jour férié, sache que pendant ce temps, certains expatriés travaillent. Oui c’est dur. Et pourtant, notre 14 juillet national ne passe pas si inaperçu que ça de ce côté de l’Atlantique.
Certains disent les américains fermés aux autres cultures. C’est faux. Ils sont tout à fait enclin à s’imprégner des rituels de peuplades lointaines. C’est juste que les dites peuplades ne parviennent pas à reconnaître leur propre culture passée à travers le prisme américain.
Par exemple, le 12 juillet nous avons eu l’étrange occasion d’assister au « Bastille Day« , à Philadelphie. C’est une sorte de petite foire qui a lieu devant l’ancienne prison de la ville, à l’occasion de l’anniversaire de la prise de la Bastille. Le style assez glauque du pénitencier correspond assez bien à la vision qu’on peut se faire de l’ancienne prison française. Devant l’édifice se tiennent différents stands, qui ont davantage pour but de faire un peu d’argent en vendant des badges et quelques crêpes que de participer au rayonnement culturel français. Mais l’intention est là, et nous nous émerveillons devant les quelques pâtisseries proposées. Au centre de la foire, se tient une guillotine qui sera bientôt le sanglant théâtre des animations prévues dans l’après midi. De nombreuses personnes sont déguisées, à la mode Louis XVI ou bien en clichés français comme on les aime.


17h, La foule commence à se masser autour de l’échafaud.
Pour une meilleure compréhension de ce qui va suivre, il convient de préciser ceci : ce spectacle était à l’origine (et continue de l’être…) organisé par une marque de gâteaux en sachet, nommée « Tasty Cake ». Voila. Cette information permet de mieux appréhender la philosophie de l’événement.
17h30, le spectacle commence.
Après un rapide speech expliquant que la reconstitution peut, éventuellement, peut être, possibly, prendre quelques libertés avec l’Histoire, et qui se termina sur cette phrase « as we say in French, « Perfecto! »", les festivités débutent sur une chanson inévitable pour commémorer cet événement clé de l’histoire de France : je veux bien sûr parler de : … »God bless America »… oui je sais, ça surprend. Quelques dizaines de couplets plus loin, et à peu près 23456 occurrences de l’expression « God bless America », nous embrayons sur la Marseillaise. Marie-Antoinette fait finalement son apparition sur les murs de la bastille (qui comme chacun sait, fut la résidence de vacances de la dame apparemment…).
Après un discours ponctué d’humour, et une bonne bouteille descendue dans le gosier de la reine, les révolutionnaires prennent d’assaut la bastille, à coup de mousquets. Mais l’armée royaliste est pleine de ressources. Et comme le dit si bien la reine : « si ils n’ont plus de pains, qu’ils mangent…..des TASTY CAKES!!! » (véridique). C’est donc à coup de milliers de tasty cakes, lancés dans la foule (sous emballage quand même, allons…) que l’armée de la reine répond aux révolutionnaires. Mais une avalanche de gâteaux crémeux américains ne suffit pas à ébranler l’engouement républicain (on voit qu’ils n’en ont pas mangé…), et la reine finit par se rendre. Elle est donc traînée jusqu’à l’échafaud. Non pas qu’elle soit particulièrement réticente à l’idée de se faire décapitée, ou qu’elle soit enchaînée…non, c’est juste que l’actrice ne semble pas très bien gérer les 2 bouteilles de champagne qu’elle s’est envoyées depuis le début du show. Soyons bien claire : jusqu’à ce jour, je n’aurais jamais, au grand JAMAIS imaginé voir Marie-Antoinette, coiffée d’une choucroute garnie de 30cm de haut, totalement ivre, se faire trainer jusqu’à l’échafaud sous une pluie de petits gâteaux secs. C’est ça aussi la magie de l’Amérique.


Alors que les gâteaux continuent de voler, que les gens se jettent dessus, ou se les renvoient copieusement à la face, Marie-Antoinette nous annonce avec difficulté qu’elle ne se souvient guère plus trop de son texte, qu’on va devoir arrêter le show dans pas trop longtemps, sûrement la chaleur-et-pis-de-toute-façon-je-retourne-boire-un-p’tit-verre- »hic ». Le spectacle s’arrête donc sur la décapitation d’une pastèque, et sur la descente laborieuse des marches de l’échafaud par la reine.
Une grande reconstitution historique qu’on ne pourra même pas qualifier de n’importe quoi tant les limites collant à cette définition ont été repoussées. Un très grand moment, du vrai dépaysement. (nan vraiment, je sais que vous me sentez sarcastique, mais on a vraiment bien rigolé).
Nous finissons cette journée mémorable sur une petite virée au quartier chinois. Je recommande très fortement le « Wong-Wong », à l’angle de la 10ème et de Race St, qui propose un repas familiale pour 6-8 personnes (voire 9 très facilement…) pour 99$. Soupe de raviolis, légumes, riz, canard, homard, poisson, poulet, porc, une véritable débauche de plat, variés et très savoureux, pour un prix abordable.

Bon 14 juillet à tous ceux qui me liront!


