Un rapide coup d’oeil à travers les rideaux de la chambre nous indique que le soleil est au beau fixe encore une fois. Ca tombe bien car ce matin nous avons un rendez-vous en plein air avec…des dauphins. Mais il n’est pas toujours facile de garder le morale. Aujourd’hui nous sommes rongés par l’inquiétude : l’appareil photo d’Alex ne montre que de faibles signes de vie, il est fébrile et ne prend plus de photos. Nous tentons d’oublier le drame qui se joue dans la poche de mon colloc, afin de profiter malgré tout pleinement de la journée. Toujours à Grassy Key, nous commençons donc par le Dolphin Research Center (si ça c’est pas de l’intitulé pédant…), qui comme son nom l’indique s’est détourné de l’élevage des brassicacées sauvages à pois verts pour se concentrer sur l’étude des dauphins. Notre rendez-vous est à midi, mais nous arrivons un peu en avance afin de pouvoir visiter. Le centre élève plusieurs générations, certains ont été recueillis à la suite d’accidents en pleine mer, d’autres sont là depuis leur naissance et ont développé leur incroyable capacité d’apprentissage. En nous promenant dans le centre, nous passons devant le mémorial dédié à Flipper, le fameux héros de la série éponyme, qui a été éduqué à cet endroit.
Avant d’aller nager avec les cétacés, nous prenons donc un peu le temps de les observer, et de les voir jouer avec leurs instructeurs : un signe de main, un coup de sifflet, un geste familier et l’animal reconnait instantanément la série de mouvements qu’il doit effectuer, allant de la pointe de vitesse, au saut périlleux, en passant par l’imitation de la nage façon requin, qui est très éloignée de la façon de nager des dauphins. Certains se sentent même transcendés par l’esprit de noël, et pour la modique somme de 35$, montent sur le petit ponton au côtés de la famille, et posent le temps d’une magnifique photo (non je n’utiliserai pas le mot kitshissime, celui-ci étant largement sous évalué pour décrire la scène) qui fera la joie de la famille dans les semaines à venir. L’histoire ne dit pas quel pourcentage des 35$ sont reversés aux dauphins pour couvrir leur suivi psychiatrique, ni si la crise économique pèse lourdement sur leurs fonds de pension. Quel bande d’être cupides ces dauphins…
Finalement l’heure tourne et après un rapide cours sur « quelles sont les parties à ne pas tripoter sur un dauphin si on veut éviter de le rendre pas jouasse », c’est à nous de faire notre rentrée dans l’eau. Notre charmante hôtesse est une dame d’une cinquantaine d’année, nommée Thérésa (l’histoire ne dit pas quel est son avis sur les bidon ville de Calcutta). Elle n’a plus toute sa vue, et elle joue sûrement au Scrabble (ou l’équivalent avec des algues et quelques bigorneaux), mais elle est restée très joueuse et agile. Viens le moment de la première prise de contacte : la peau de l’animale est assez ferme et irrégulière, comme du caoutchouc. Puis chacun à notre tour, nous nous faisons tracter par Thérésa qui ne semble pas vraiment gênée par notre masse lors de son déplacement : sa puissante queue nous propulse rapidement à travers l’eau. La traversée est rapide et presque irréelle.
Un geste de main de l’instructeur, et le dauphin plonge pour réapparaître en face de moi pour une poignée de main/nageoire. Thérésa est joueuse et se livre volontiers à des batailles d’eau, ou bien à diverses acrobaties. On vous explique même quels sont les signes à donner pour que le dauphin comprenne ce qu’on attend de lui. Avec un peu de doigté et de conviction dans le mouvement, cela vient assez facilement. Nous aurons le temps de patauger avec Thérésa quelques minutes encore avant de se séparer. Bon bien sûr elle ne fait que répéter ce qu’on lui apprend à longueur de journée, mais la rencontre est vraiment fantastique, et ses capacités d’apprentissage son impressionnantes. On a vraiment l’impression que l’animal prend énormément de plaisir lors de ces cabrioles. Que ce soit vrai ou non n’enlève rien à la magie de cette matinée.
Mais nous ne nous laissons point attendrir, nous enfourchons à nouveau notre fier destrier (une magnifique Pontiac G6 obtenue après surclassement. Oui je sais tout le monde s’en fiche) et repartons vers l’Ouest sauvage. Rien ne nous effraie, nous partons au hasard et décidons de prendre les routes au petit bonheur la chance, le cœur ouvert à l’inconnue. Certes quand il n’y qu’une seule route d’accessible ça limite déjà pas mal les possibilités, mais quand même. Nous arrivons donc à Bahia Honda, qui se trouve être un state park. Le nom fait rêver, il sonne comme une noix de coco qui tombe sur une plage de sable fin, bordée d’une mer d’un bleu saphir, et il n’est pas usurpé. Nous arrivons vraiment dans un tel décor (on oublie cependant trop souvent de mentionner le parking de voitures situé à 10 mètres du cadre paradisiaque…), l’idéal pour nous reposer après cette matinée bien chargée. L’eau est toujours aussi bonne, et il semble que nous ayons réussi à semer nos amies les méduses pour un petit moment. Nous profitons donc de ce petit moment pour nous relaxer et prendre quelques photos de mode au bord de l’eau. De nombreux oiseau, cormorans, frégates, se posent sans crainte à quelques mètres des baigneurs. Il est aussi possible de voir nager des dauphins au large (selon les saisons j’imagine…nous n’en avons pas vu).
Même si le cadre enchanteur pousse vraiment à la sieste, nous retournons sur la route afin d’arriver à Key west (l’île la plus occidentale de l’archipel) pour le coucher du soleil. Le trajet est toujours aussi monotone, mais il est difficile de rester indifférent en empruntant cette route qui passe plus souvent au dessus de l’eau que sur la terre. Nous arrivons à destination pile à l’heure pour profiter du spectacle : le coucher de soleil à l’ombre des cocotiers sur la plage. C’est l’heure à laquelle les places au nord ouest de l’île s’animent et se voient remplies de jongleurs, cracheurs de feu et autres artiste qui évoquent très bien le côté festif de Key west. Il ne reste plus qu’à profiter de la soirée dans l’un des nombreux bars de la ville. Les rues sont très animées le soir, et certains endroits sont réellement pittoresque, comme le « Cap’t Tony« , dont une grande partie de la décoration repose sur les centaines de paires de soutiens gorges accrochés aux poutres. Nous savourerons nos derniers mojitos en pensant que même si les 3 jours qui viennent de s’écouler ont été incroyablement riches en nouvelles expérience, demain sera notre dernier jour en Floride. Et en plus on a plus un rond.
