Pour la rédaction de cet article, un long travail d’investigation a été réalisé (ou pas…enfin un peu quand même). Nous avons plongé au cœur des milieux pro-armes américains pour mieux comprendre cet aspect important de leur culture. Nous avons même été malmenés par des vigiles alors que nous tentions d’arracher quelques photos pour illustrer le sujet.
Après cette magnifique introduction qui à elle seule me garantie le prochain prix Pulitzer, voici quelques faits sur les armes en Pennsylvanie :
-Pas besoin de permis pour acheter des armes de poing/fusils. Si vous avez plus de 18 ans, et pas de casier judiciaire, il vous suffit de vous rendre chez un vendeur ou dans une « foire aux armes » (gun show) avec une ID, et après un rapide coup d’œil à votre casier, vous pouvez acheter une arme.
-Il est illégal pour la Pennsylvanie d’enregistrer le nom des gens achetant des armes.
-en 98, cet état comptait plus d’un million de chasseurs licenciés sur 12 millions d’habitants, un record aux USA (pour ceux qui suivent, il n’est bien sûr pas du nécessaire d’être chasseur pour posséder une arme).
-La Pennsylvanie est le second état accueillant le plus de foire aux armes par an.
-A Philadelphie, en 2008, plus de 400 morts par armes à feu ont été reportées.
Le genre d’infos qui tendent à vous rendre serein, et à limiter les gestes rageurs au volant quand quelqu’un vous klaxonne.
Puisque manifestement, et contre toute attente en ce qui me concerne, nous sommes dans un état de cow-boys fanas de la gâchette, autant se fondre dans la masse et s’ouvrir aux nouvelles expériences. Nous nous rendons à 4 à un stand de tir proche de King of Prussia. « Avez vous déjà tiré? » Nous demande le patron. Mon colocataire mexicain, niant ses liens évident avec les cartels, répond par la négative, nous l’imitons. Après lui avoir remis nos pièces d’identité, nous avons le droit à 30 secondes de cours sur la prise en main et le rechargement des armes. Pas de blabla inutile sur la sécurité, rien. Quand on travaille la semaine dans une société où le maniement d’un tournevis nécessite 2 heures de training, et la validation de du protocole expérimental par la moitié du département HSE, ça fait un choc.
Pour notre première fois, nous y allons doucement sur le calibre : nous choisissons pour se faire la main le Walther P22, qui accepte des balles de calibre .22, ainsi qu’un Beretta PX4 Storm, qui envoie des balles de 9mm. Le temps de choisir ses cibles (au choix : gros moustachu patibulaire, ours, femme armée en mini-jupe, vous trouverez votre bonheur…), et nous voici sur le stand.
« Mouahaha, j’ai sous la main un pistolet et 50 balles, l’humanité va payer! ». Une fois que l’on s’est convaincu que le gars entrain de tirer à côté de soi ne pense pas forcément ça, et qu’il y’a peu de chance qu’il se retourne pour vous tirer dessus, il est temps de se concentrer, de remplir le chargeur du pistolet, de l’insérer dans l’arme, de viser en se rappelant des conseils du vendeur, puis de presser la gâchette. Je m’attendais à ce qu’à un moment, la mécanique se fasse ressentir, et que la pression sur l’arc métallique soit plus fort, laissant au tireur ce petit moment où il pourrait se demander si finir de contracter son doigt est la meilleure des choses à faire. Mais ce petit fragment de temps n’existe pas : le doigt arrive en bout de course sans prévenir, et le coup part. Le bruit vrille vos tympans malgré le casque, le recul appui lourdement sur vos bras, l’odeur de poudre empli vos narines. Ca y est, vous avez tiré. La cible est maintenant ornée d’un petit trou, assez loin de l’endroit que j’avais visé.
Avec le beretta, le recul est assez important, même à deux mains. Pas évident de bien viser, alors que la cible n’est qu’à une dizaine de mètres. Le P22, avec ses balles de « seulement » 5,7mm, permet d’être plus précis et de mieux placer ses coups. Au bout de deux chargeurs, on arrive à insérer plus facilement les balles dans le magasin de l’arme, et on gagne un peu en précision.
Après avoir plombé 1 ours, 2 femmes menaçantes, 2 preneurs d’otages, et 2 cibles d’entraînement classiques, nous avons épuisé notre stock de balles. Nous rendons le matériel, et après une dernière photo avec entre les mains un fusil d’assaut M4, nous rentrons. L’expérience aura coûté 40$ pour le P22 avec 50 balles, et 70$ pour le beretta.
Coïncidence cocasse, deux semaines après avoir tiré, j’apprends que se tiendra dans notre ville un des fameux « gun show », où des vendeurs et des collectionneurs de nombreux états viennent exposer leur collection, et où le tout-venant peut venir faire son petit stock d’arme pour l’hiver. Pendant un week-end, 5000m² vont être recouverts de stands où s’empileront des milliers d’armes, allant du couteau suisse au fusil d’assaut militaire.
Tout excité à l’annonce de l’événement, j’ai fait chauffer les batteries de l’appareil photo, et nous nous rendons le dimanche midi à cette foire peu banale. Sur le parking, les énormes 4×4 dominent, et les plaques montrent que les gens viennent de loin. C’est la première exposition de ma vie où on me demande à l’entrée si j’ai une arme sur moi. Il faut dire que beaucoup arrivent avec leur joujou préféré, qui se retrouvera scellé par le policier présent. Dans les allées, certains amateurs déambulent fièrement, en tenant de la main gauche leur petit gamin, et de l’autre leur fusil de chasse. Je sors l’appareil photo, et j’ai le temps de prendre un cliché de mon ami posant avec une kalashnikov, avant de me faire escorter vers la sortie par un vigile. Apparemment, et même si ce n’est indiqué nul part, les photos sont interdites. Profitez bien de la photo, ce sera là seule, à mon gigantesque regret :
Après avoir ramené l’appareil dans la voiture, nous revoilà partis à la découverte de ce monde merveilleux, sponsorisé par la NRA. Les prix sont affolants : seulement 200$ pour un pistolet, 300$ pour un fusil à pompe en solde, 1200$ pour un fusil d’assaut… La chasse doit effectivement être excitante en Pennsylvanie. Il est aussi possible d’acheter des T-shirts assez éloquents : mention très spéciale à l’un d’entre eux, sur lequel on pouvait lire « stay 100 meters back or you will be shot ». Détail intéressant, en dessous de cette première phrase, on peut lire sur le T-shirt la traduction…en arabe. Au dos du vêtement est inscrit le mot « infidèl », lui aussi traduit. Sur les stands, on passe d’armes de collection datant des guerres mondiales, d’indépendant américaine, aux armes très récentes, avec tout l’équipement nécessaire pour les personnaliser à l’infini : pointeurs laser, lunettes de vision nocturne, téléscop…heu lunettes de visée, tout est là pour mener à bien votre petite guerr…votre petite chasse. La quantité de matériel exposé est tout simplement hallucinante. Il y a de quoi renverser un petit pays.
La visite aura été intéressante, c’était la première fois que j’étais confronté à cette face plus radicale de l’amérique. J’en resterai là pendant un p’tit bout de temps.