La Pennsylvanie c’est bien, mais le climat est un tantinet ingrat. Après avoir subit un été plutôt étouffant et humide, je voyais arriver le spectre d’un hiver qui ne ferait pas de cadeaux au cm² de peaux laissés négligemment à l’air libre. Bon pour le moment ces craintes semblent légèrement exagérées, mais à l’époque, il nous a semblé judicieux, pour limiter la perte d’orteils, d’envisager de passer Thanksgiving en Floride! Nous avons donc planifiés nos 4 jours de vacances à 4 (mon colloc Alex, Jenn et Polo (ndlr : Paulo est une fille)) afin de voir le maximum du sud de l’état aux oranges. Au programme : Miami, les Everglades, et les îles Keys!
Départ le mercredi 26 novembre au soir, pour une fois pas de problème avec l’avion. Après 3h de vol dont nous retiendrons uniquement qu’US airways fait payer 2$ l’eau à bord de ses avions, nous posons le train d’atterrissage sur la terre promise. Nous laissons couler une petite larme d’émotion en apercevant à travers le hublot les manutentionnaires en short sur la piste. Le temps de récupérer la voiture de location, (au passage : les conducteurs de Miami sont tous fous), nous voila partis vers notre première destination : Miami Beach. Célèbre pour ses bâtiments art déco, la ville est située à l’est de Miami, et est bordée de larges plages qui n’ont vraiment rien à envier à nos plus grandes plages européennes. Mais lors de notre arrivée, l’heure n’était pas à la baignade, et nous partons en quête d’un restaurant dans les rues animées de la ville. La lincoln road est le lieu idéal pour trouver facilement, mais les prix sont parfois un peu élevés. Il semble y avoir quelques animations, comme des petits groupes qui se produisent dans la rue, mais nous arrivons un peu tard et les artistes sont déjà entrain de plier bagages. Nous nous posons au Nexxt Café, très bonne adresse, la nourriture est bonne, et les portions monstrueuses. Nous avons l’occasion d’observer un peu la faune locale : tenues branchées et chirurgie plastique sont à la fête. Le ventre plein, nous partons arpenter les rues, et allons poser un pied sur la plage. Mais comme dans le noir obscurément sombre de la nuit (noire d’ailleurs…) rien ne ressemble davantage à une plage qu’une autre plage, nous rentrons nous coucher pour profiter pleinement du lendemain.
Réveil aux aurores (ou pas), et redirection la plage! Très agréable, sable fin, large, parsemée de petites cabines de sauveteurs aux couleurs pastelles, la matinée baignade s’annonce bien. C’est aussi ce qu’on du se dire ces petites fouinasses de méduses qui se sont gentiment invitées aux bord de l’eau (c’est dans ces moments là qu’on se réjouit de ne pas avoir pensé au bain de minuit la veille…). Nous nous contenterons donc de quelques orteils trempés avec vigilance dans cette eau décidément bien chaude. Après une légère pause bronzette (histoire de répondre à la fameuse question : « peut on récupérer l’équivalent d’un bronzage après deux mois d’un été torride en seulement 4 jours en novembre en Floride» ), nous levons le camp pour nous rapprocher des Everglades. Il s’agit d’un parc national qui abrite la plus vaste étendue de faune et flore subtropicale des Etats-Unis.
Nous n’avons pas prévu d’entrer dans le parc aujourd’hui, mais plutôt de nous arrêter dans l’une des fermes à alligators situées autour. Les reptiles ont en effet été menacés par l’activité humaine et ces fermes ont permis de repeupler les marais, et se sont ouvertes aux touristes, histoire de ne pas rater une occasion de faire rentrer de l’argent.
Plusieurs attractions sont proposées : outre les enclos à alligators, la ferme possède aussi de nombreux vivariums remplis de serpents, et différents shows sont proposés aux visiteurs. Le premier auquel nous assistons est celui des serpents. Après un petit speech sur les différents spécimens de la région, nous sommes invités à venir toucher l’animal, ou à se le mettre en écharpe. Je ne m’attendais vraiment pas à cette sensation : sa peau est râpeuse et dure, pas du tout humide.
Puis direction l’hydroglisseur, pour une balade d’un quart d’heure dans les hautes herbes des marais. L’engin est puissant, farouche, il file à travers les eaux tel une bête sauvage, il n’a peur de rien, il se rit de tous les obstacles…je m’emballe. La balade est l’occasion d’aller au contact des alligators dans leur habitat naturel, et de croiser aussi le reste de la vie sauvage du milieu. Même si nous nous baladons en T-shirt et en short, le guide nous explique que la température est assez basse pour les sauriens à sang froid, et que nous en verrons surement moins qu’en été. Nous en croisons cependant quelques uns, c’est assez troublant de se retrouver à moins de deux mètres d’une si belle collection de dents. Je suis déjà bien plus rassuré par les hérons. Satisfait, le pilote se laisse alors aller à quelques pointes de vitesses au travers des marais. La réactivité et l’accélération sont impressionnantes, on a l’impression de voler!
Retour sur la terme ferme pour l’indispensable leçon : comment maîtriser un crocodile avec son menton. Là encore le public est mis à contribution, et nous avons l’occasion de tenir un bébé alligator muselé dans nos mains. Puis le guide nous emmène vers la fosse aux crocodiles où ils vont être nourris avec des rats. Pas d’inquiétude sur le régime alimentaire de ces monstres là, ils sont bien dodus.
Comme 15 minutes en hydroglisseurs ne nous suffisaient pas, nous avions réservés, avant de partir, pour un tour de nuit dans les marais. Le temps de nous restaurer un chouilla, et nous repartons vers le nord, au niveau de la 75, au milieu de nulle part. Attention, je ne parle pas du nulle part perdu dans une vieille zone industrielle, ou entre deux villages oubliés de la civilisation. Non, je vous parle bien du nulle part perdu au milieu des marais, traversé uniquement par une route inlassablement droite. Le genre d’endroit qui fait le bonheur des graphistes pour GPS, car il n’y a rien à mettre sur la carte. Le genre d’endroit où soudainement vous vient l’idée « hey, si je détrousse mes 3 camarades et que je jette leurs corps par ici, personne ne les retrouvera jamais!» . Et bien c’est au milieu de ce nulle part que nous avons rendez-vous pour notre balade. Au premier abord, le site semblait fermé, mais rapidement un gardien (sûrement en exil pour quelque obscure raison que nous ne creuserons pas) vient nous ouvrir. Le dialogue s’installe : « vous êtes en avance…le capitaine arrivera dans 1 heure et y’a rien à faire dans l’coin» …» bah on va attendre alors?» « yup. Vous pouvez aller sur les pontons, mais faites gaffe, y’a parfois des alligators le long» « hmm..voui…» . Notre bon samaritain s’en est ainsi allé, nous laissant seul au milieu de la nuit, dans cet univers marécageux infesté de lézard aux dents acérés. Chouette. Bien sûr, quand mon colloc et Polo nous annoncent qu’ils vont aux toilettes et que nous nous séparons, je ne peux m’empêcher de me rappeler que tous les films d’horreurs commencent comme ça. Enfin moi j’dis ça…
Finalement notre capitaine arrive et nous fait embarquer sur un hydroglisseur manifestement prévu pour une vingtaine de personnes. Nous sommes toujours seulement 4. Le moteur rugit dans la nuit, et nous voila lancé dans l’obscurité, à travers les plantes, à la recherche d’alligators. Si j’avais l’impression de voler cet après-midi, l’effet est encore plus saisissant en pleine nuit, quand la surface lisse de l’eau ne reflète que le noir du ciel et les herbes. On flotte réellement au milieu de rien. L’ambiance est indescriptible, à 4 au milieu des marais de nuits, croisant de temps en temps les alligators. La technique nécessite une certaine dextérité : à plus de 200 mètres, le navigateur balaye les herbes avec un projecteur afin de repérer les reflets rouges des yeux des sauriens. Et ça marche aussi pour les grenouilles! Je reste encore bluffé par la vision de notre capitaine.
Nous passons ainsi une bonne heure à errer à travers la flore des marais, perturbant le profond silence des Everglades. A notre retour, nous avons froids, mais sommes vraiment ravis de cette expérience incroyable. La journée a été longue, il est temps de partir vers Florida City pour la nuit.
