Il existe des villes qui marquent tellement les esprits qu’elles supplantent carrément leur pays dans l’esprit des gens. Par exemple, si un américain vous demande d’où vous venez, il y a beaucoup de chances pour que « Paris » évoque plus de choses à votre interlocuteur que de répondre « France« . C’est comme ça, l’imaginaire américain a été bien plus frappé par notre capitale que par notre pays dans son ensemble. Mais ça marche aussi dans l’autre sens. Demandez au français lambda ce qu’évoque pour lui l’Amérique, et il vous répondra « King of Prussia ». Dans la plupart des cas. En creusant un peu vous tomberez sûrement sur des villes telles que New-York ou Los Angeles, puis viendra enfin Chicago! Ville qui a marqué l’histoire américaine, que ce soit au niveau des sciences, de l’architecture, ou du folklore (on ne compte plus les films s’inspirant du règne d’Al Capone). Toute ce blabla minable et bancale a pour seul but de vous introduire le voyage de 2 jours que nous avons effectué dans cette ville légendaire, qui a contribué à la grandeur du mythe américain.
Comme nous ne disposons pas de beaucoup de temps pour notre petit périple, nous avons choisi de voyager en avion. Finalement le gain de temps sera maigre, de nombreux incident à l’aéroport et sur la ligne de métro nous ayant mis largement en retard. Mais nous y avons au moins gagné en confort, et la vue de Chicago et sa banlieue depuis le ciel est impressionnante. La terre est embrasée par l’éclairage urbain sur des kilomètres.
Nous arrivons le vendredi soir vers 11h dans Chicago, Illinois, le ventre vide. Dès que l’on arpente les rues du centre, la ville est reconnaissable : le fameux métro aérien passe au dessus de nos tête. Première petite déception, tout est fermé! Même les restaurants. Nous parvenons tout de même à trouver un petit italien sur le point de fermer. Après ce petit repas, nous nous dirigeons vers notre hôtel : le Hard Rock Hotel. Yup. Pas un Hard Rock Café banal, nan, un hard rock hotel. Notre chambre se situe à l’étage Led Zeppelin. Bon d’accord, ça intéresse peut-être pas grand monde, mais quand même…Hard Rock Hotel!… Bref.
Nous commençons la journée du samedi par la visite du Musée des sciences et de l’industrie, situé un peu au sud de la ville, ce qui nous oblige à prendre le métro pour nous y rendre. Les expositions couvrent énormément de domaines (aviation, rail, mines, raffinage, agriculture, industrie robotique, architecture…).
Certaines expositions sont réellement impressionnante : le musée abrite depuis 1955 un des deux sous-marins allemands capturés par les alliées pendant la seconde guerre mondiale. La visite guidée permet de se rendre compte des conditions de vie spartiates (pas de douches pendant 90 jours, des couchettes miniatures, une chaleur à vous faire fondre un nazi en quelques secondes…de quoi inspirer longuement les Villages People). Dans un tout autre registre, une maquette de Chicago de 325m², parcourue par un complexe réseau de chemin de fer.
Une autre attraction intéressante : une chaîne de montage automatisée a été recrée. Il est donc possible de commander un jouet (une sorte de toupie…) en sélectionnant sa couleur, ou vous pourrez suivre le montage de A à Z de tous les éléments de votre commande, y compris la mise en boîte, le tout étant effectué par des robots. Bon je ne vais pas non plus vous raconter la visite en entier, mais le musée est vraiment bien fait. Seul bémol, les différents lobbys semblent peser lourdement sur le choix des expositions. Par exemple l’un des gros donateurs du musée est le pétrolier B.P.. En parallèle de ça, on constate que dans l’exposition consacrée au pétrol, tout n’est que bulles de toutes les couleurs, bonheur et merveilles. Ca fait parfois assez bizarre.
Après avoir passé plus de 3 heures dans le musée (yup, il était vraiment bien…), nous repartons vers le nord de la ville vers le John Hancock Center, qui constitue le 5ème plus haut gratte-ciel des USA, en culminant à 457m, antennes comprises. Le plus haut gratte-ciel des Etats-Unis est lui aussi à Chicago, il s’agit de la Sears tower, mais la vue est réputée moins jolie. Nous admirons le soleil se coucher, perchés au sommet de ce géant d’acier, jusqu’à ce que la banlieue de Chicago ne soit plus qu’un million de petits feus illuminant la nuit. Bon le lyrisme à deux balles ça creuse, donc direction le restau’.
La spécialité culinaire de la ville est la deep-dish pizza, sûrement inventée par italien fou amateur de quiche, qui aurait pris une pâte sablée en faisant remonter les bords de 5 cm, puis aurait jeté dedans tous les ingrédients lui tombant sous la main, jusqu’à ce que le plat en soit rempli. Résultat : une pizza qui rivalise de hauteur avec les buildings de la ville et dont une seule part pourrait résoudre le problème de faim dans le monde. Pour 20 ans. Nous projetions donc de nous rendre à l’une des adresses réputées pour ce plat. La file d’attente devant le restaurant refroidi légèrement nos ardeurs. De même quand l’hôtesse à l’accueil nous annonce 1h30 d’attente. Et 45 minutes pour faire chauffer la pizza. Et la folie gagne tous les établissements qui propose ce plat! Si ce n’est pire.
Après un vote à l’unanimité décrétant qu’aucune pizza au monde ne valait le coup que nos estomac souffrent le martyr pendant plus de 2h15 d’attente dans le froid, nous opérons un changement stratégique, et optons pour un autre restaurant. Un « diner ». « Ed debevic’s » qu’il s’appelait ce diner. Et si il existe de nombreux restaurants qui ne reste dans nos mémoires pas plus longtemps que la soirée durant laquelle il a permis de remplir tristement nos estomac, « Ed debevic’s », lui, restera longtemps gravé dans cette partie de mon cerveau située entre les rangées « traumatisme », « incompréhension », « événements non-identifiés », « grand smoments de rigolade ». La décoration est celle que l’on retrouve traditionnellement dans les diners américains, mais choisie par un esprit dérangé, qui aurait sombré dans la démesure. Les panneaux « Eat and get out », « Do not bother the baker », « Love it or leave it », « try the smallest sundae of the world » et autres automates représentant la créatures de Frankenstein dansant sur le bar tentent subtilement de mettre en garde le client : « tu es chez les fous ». Le serveur qui jette nonchalamment les pailles sur la table en demandant expressément que l’on se soit décidé sur nos commande dans les 3 prochaines minutes confirme notre première impression. Et la suite de la soirée n’est qu’une succession de danses sur le comptoir, ou à travers le restaurant par des serveurs totalement déjantés, et de clowneries. Certaines clients viennent carrément déguisés (halloween approche…), l’ambiance est indubitablement réglée sur « n’importe quoi ». Alors bien sûr les serveurs jouent à fond le jeu et vous prennent souvent de haut, mais restent extrêmement attentif à vos verres, veille à ce que vous ne manquiez de rien, et si vous n’entrez pas dans le jeu redevienne très courtois. Bref c’est une expérience à vivre, pas tant pour la nourriture, qui reste très classique et banale, que pour l’ambiance incroyable qui règne le soir dans ce restaurant. Au final, nous avons versé le plus gros tip (en %) depuis notre arrivée au US.
Mais Chicago, ce n’est pas seulement la ville berceau des gratte-ciel, faite de béton et d’acier. C’est aussi une ville au cœur sensible, qui a vu naître le « Chicago blues« . Nous ne pouvions pas faire ce week-end sans passer une soirée dans un des nombreux bars à blues de la ville. Notre choix s’est porté sur le « Blue Chicago« , situé au cœur de la ville. Entrée à 10$, et deux conso’ minimum, mais l’ambiance à l’intérieur les vaut totalement. Différents groupes se partagent la scène du bar au cours de la semaine, et de nombreux habitués viennent pour danser au son de cette musique envoutante.
Nous finirons la soirée par une balade nocturne le long de la Chicago River. La balade est agréable, mais nous aurions aimé la terminer dans le Millenium Park, ce qui n’a pas été possible, car celui-ci ferme à 23h, ce qui gâcha un peu la journée, pour des raisons que j’évoquerai dans la suite de cet article…
